vendredi 9 janvier 2015

Je suis 132

Difficile d'écrire ce que je ressens et ce que je pense à quelque jour du massacre qui a eu lieu dans les locaux de Charlie Hebdo.

On peut dire que j'appréciais le journal pour son irrévérence, son attachement à dire l'interdit, son anticléricalisme primaire et surtout pour ses couvertures et ce sont précisément ces dernières qui ont provoqué les évènements du 7 janvier. Parce que ces couvertures étaient des caricatures, des dessins et que même les esprits les plus barbares sont capables de les comprendre et de se sentir agressé par le message qu'ils véhiculent. Seulement les mous du bulbe ont du mal à comprendre le sens réel du message derrière le dessin. Celui qui a plus particulièrement déclenché leur ire, représentait le prophète Mahomet désolé des débordement intégristes de l'époque (à savoir l'appel à flinguer les auteurs d'autres caricatures, que Charlie avait reprises en son sein) et se lamentant "C'est dur d'être aimé par des cons".

Pour ce dessin particulier, qui avait passablement énervé les intégristes musulmans mais, il faut aussi le dire, fortement déplu aux musulmans qui se faisaient, une foi encore, allumer du simple fait de leur religion. En effet, de mon point de vue, à part provoquer ou braver un interdit religieux caricaturer Mahomet n'est pas d'un grand intérêt.

A partir de là on a vu les équipes de Charlie Hebdo s'entêter au fûr et à mesure qu'elles étaient attaquées sur le sujet, régulièrement caricaturer musulmans et prophète tour à tour. Liberté d'expression me direz vous, oui vous répondrai-je avec cependant un bémol, pourquoi eux et pas d'autres. Pourquoi Charlie et pas Dieudonné ? Ils versent autant les uns que les autres dans le subversif et l'attaque systématique. Mais ce n'est pas le sujet. Ces attaque répétées contre une religion, contreviennent aux valeurs de la république qui certes garanti la liberté d'expression, mais aussi la liberté de culte (article 10 de la déclaration universelle des droits de l'homme et préambule à notre constitution). Ça ne justifie en rien les actes du mercredi 7 janvier, mais ce n'est quand même ni héroïque ni admirable.

Aujourd'hui on pointe du doigt l'ensemble des musulmans de France et du monde suite à ces crimes odieux, mais ce ne sont pas des musulmans qui ont débarqué mercredi matin chez Charlie. Ce sont deux cinglés, lobotomisés par des discours intégristes. Deux fous qui pleuraient d'indignation devant des caricatures, de simples dessins.

Aujourd'hui on demande à tous les musulmans de descendre dans la rue pour soutenir ce journal qui les a régulièrement insultés et se "dé solidariser des actes" ... Encore aujourd'hui donc, on les accuse, tout en s'en défendant, d'être à l'origine de l'attaque et on leur demande de s'humilier, d'aller demander un pardon dont ils n'ont pas besoin. "Il ne faut pas faire d’amalgames" nous rebat-on les oreilles. Et pourtant, cet amalgame est fait à longueur de journées, à longueur de textes, à la radio, à la télévision, dans les journaux, sur le net dans les réactions aux articles qui parlent de l'attaque de mercredi partout on ne voit que ça.

Aujourd'hui les anonymous, les rois de la censure et champions des opposants à la liberté d'expression, annoncent qu'il vont agir en hommage à Charlie Hebdo. Et que vont-ils faire ? Très certainement ce qu'ils font de mieux, faire tomber des sites web et donc empêcher tout un pan de la population de s'exprimer.

Aujourd'hui la classe politique rend hommage à Charlie Hebdo en profitant pour faire avancer chacun son idée, son image, son parti.

Aujourd'hui le journal qui a publié les caricatures originales n'a même pas publié une couverture de Charlie Hebdo, raison invoquée : la trouille. Les salauds qui ont fait le coup ont au moins gagné ça.

Aujourd'hui Marine Le Pen, veut rétablir la peine de mort ... Peine à laquelle l'hebdomadaire était totalement opposé.

Aujourd'hui les meurtriers se sont fait coincer et descendre. Il n'y aura pas de procès ... Dommage pour la république, mais pas pour les jurés.

Dimanche des centaines, des milliers de personnes vont défiler en soutient aux familles des victimes, pas spontanément comme mercredi soir place de la république, non, parce que c'est organisé.

Mercredi prochain, plein de gens vont acheter Charlie Hebdo alors qu'ils ne l'ont jamais fait.

J'ai été secoué mercredi en apprenant le massacre chez Charlie Hebdo. Mais il n'est pas dans mes habitudes d'aller exposer ma tristesse en place publique. Pas plus que de faire une toute petite minute de silence à une heure déterminée genre flashmob, ce n'est pas moi. Je suis triste et l'être à plusieurs ne m'a jamais aidé, alors dimanche je ruminerai chez moi.

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